Énergique et spontané, le son de La Phaze prend toute son ampleur en live. Et comme apparaissent en filigrane de leur drumn’bass pas mal de messages engagés, La Phaze a éveillé, depuis leur premier maxi, la curiosité du public. Rencontre Pungle avec Damny, le volubile frontman.
Comment vous êtes-vous formés, et depuis quand tournez-vous?
Damny : On s’est formé en 99 avec Arnaud, le guitariste qui est l’ancien guitariste du groupe Hint, un groupe d’indus-core au sens large, d’expérimental et on s’est formé à Angers. On a tourné pratiquement aussitôt, avec un 6 titres qu’on avait sorti. Ensuite on a cherché un dj et on s’est rapidement retrouvé en trio sur scène.
Comment qualifier le style de La Phaze?
Nous on définit ça, humblement, comme de la ‘pungle’, c’est-à-dire une contraction entre la jungle et le punk. Mais punk au sens esprit Punk, pas forcément dans le sens conventionnel au sens ultra classique. Plus des influences mélangés; c’est la représentation qu’on a nous du punk : l’esprit alternatif.
En live, vous reprenez un standard des Clash, de quel public te sens-tu proche : ragga, drumn’bass, punk ?
Des trois ! Pour nous, utiliser des boucles drum n’bass dans notre musique, c’est ni plus ni moins une transposition de la musique punk de l’époque des années 70. On change les rythmes mais on reste dans un format ‘chanson’, en y mettant de l’électro en-dessous, mais si tu remets une batterie à la place…

De quel groupe te sens-tu artistiquement proche ?
Ca dépend des genres, mais je dirais les Bad Brains. Je sais qu’après Arnaud, c’est les Clash, Fugazi, Pixies.
Et niveau electro vu que vous avez quand même de bons beats ?
J’en écoute plus trop en ce moment, mais les premiers Roni Size m’ont vraiment mis une baffe à l’époque. Ou les ganja crew au tout début, même si ça date un peu maintenant
Comment bosses-tu les lyrics? Quelle est l’importance des textes dans les morceaux de La Phaze?
Je dirais que les textes prennent de plus en plus d’importance au fil des années. Au début la voie était un peu un instrument, un instrument rythmique.
Il y avait moins de fond qu’aujourd’hui, c’était plus en anglais. Aujourd’hui on mélange les deux, mais c’est majoritairement en français. Sur le prochain, ce sera encore plus affirmé en français. Les textes sont super importants, je prends beaucoup de temps à les écrire, on en parle beaucoup. Comme on est sensibilisé par plein de choses qui nous touche, par des assos, par des gens qui se bougent le cul, chacun à son niveau, individuellement, à des engagements qui n’interviennent pas comme ça dans le groupe, mais le groupe est aussi un vecteur pour un message.
Privilégiez-vous la musique ou les textes?
Ca dépend. En même temps qu’on bosse la musique, moi j’ai déjà un riddim qui peut venir, un truc mélodique, et après je me penche sur le fond, la forme. Sur le texte en tout cas.
Te sens-tu impliqué par toutes les composantes de l’underground? Je t’ai senti réceptif au milieu du fanzinat…
Complètement ! On s’est fait par la scène, par les gens du terrain, par les associations. Quoiqu’il arrive, on souhaite absolument garder notre indépendance. C’est pas demain la veille qu’on va aller se vendre auprès des majors ! D’ailleurs, ils sont en train de se bouffer le nez, c’est très bien…
Tu as une opinion particulière par rapport à ça ?
Oui, je suis ravi ! Là, on a appris des trucs très drôles. Tu vois il y a des fusions dans tous les sens, il y a des gens qui se font ‘tèj’ : le patron d’EMI, qui a démissionné, auquel ils ont forcé la main pour écrire sa lettre de démission, un champion de la communication qui est arrivé en disant :”Youpi, moi je vais faire 30% de chiffre d’affaire en plus que les années précédentes”. Au bout de 2 ans, il dégage et ça va être licenciement sur licenciement. C’est dommage pour les gens qui vont se faire “tèj”, mais en même temps, les mecs dans leur burlingue, qui nous sortent de la merde à longueur de journée pour les radios, Fun & compagnie… Tu vois, ça suffit aussi quoi ! La preuve, les gens se déplacent dans les concerts, donc il y a un moment où il ne faut pas non plus les prendre pour des débiles. Ils ont envie d’autres choses. Et même sur le piratage, moi je dis que quelque part, s’ils peuvent graver des disques auxquels ils n’ont pas accès, pourquoi pas!
Ne penses-tu pas que justement, s’approprier la musique d’un artiste peut permettre de le faire connaître ?
Exactement ! Au bout d’un moment, si le disque est bon, si les gens ont envie d’avoir ce disque, pour eux, pour l’objet, ils iront l’acheter. Mais déjà ce qu’il faut, c’est casser le prix du disque. D’où ce que fait Small Axe, avec l’opération “Mid Price”. Tous les artistes qui sont sortis ces deux dernières années, tout est a moitié prix. Le “PungleRoad”, tu le trouves à moitié prix aujourd’hui.
Justement comment s’est constitué cet album de remix ?
La plupart sont des gens qu’on connaît par la scène, qu’on a rencontré sur la route. Les Burning, on a joué quelque fois avec eux, les Lab° on a joué un paquet de fois avec eux…Volta sont des dj’s de drum n’bass, des gens qu’on connaît…
Le morceau d’UHT est terrible…
Il est terrible oui. Ce sont des gens avec lesquels on est parti en Bosnie, pour le festival de Jarring Effects, à Mostar. A part Fred Berthet qui est l’ancien programmateur des Troublemakers, tous les autres sont des gens qu’on connaît. Les gens ont répondu à l’appel sans problèmes, tout le monde a joué le jeu et on est super content du résultat. Manutension, s’est pareil, s’est un super pote. Il s’est vraiment lâché!
Votre collaboration avec Jarring Effects a-t-elle été fructueuse?
Super fructueuse! Tu vois Rico, qui est l’ancien boss de Jarring était là tout à l’heure…Il a arrêté maintenant. Il a repassé le flambeau, c’est une asso Jarring, donc à un moment tu passes le relais. Ce n’est pas un truc tyrannique ou un mec décide… Il y a un moment où les gens s’épuisent et passent la main. Il faut de la fraîcheur aussi. Et avec Jarring, on est toujours dans les projets, de faire des 45, on a fait un truc un split avec Lab°, qui est sorti l’année dernière. On est sur le DVD, on va sans doute faire un autre truc cette année. Il y a toujours des choses en prévision. Je pense que c’est eux qui nous ont mis le pied à l’étrier.
Peux-tu nous dire deux mots de cette reprise des Clash ?
Faut savoir que c’est pas un morceau des Clash…”I fough the law” est un morceau d’un vieux bluesman, dont j’ai oublié le nom… Les Clash l’avaient repris sur London’s Burning. On voulait faire une reprise, et en écoutant le titre on s’est dit tiens, ça peut être d’enfer d’en faire une version.
Elle fait partie de votre répertoire maintenant?
Oui mais ça nous frustre de ne pas pouvoir la jouer quand on est un peu serré sur les temps…

Interview réalisée au festival de Lamastre en Scène, samedi 24 juillet 2004.








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